Lundi 26 mai 2008
En ce mois juin, nous accueillirons Matthieu Hocquemiller et sa compagnie de
Montpellier A contre poil du sens avec la pièce créée aussi dans notre lieu:
J'ARRIVE PLUS A MOURIR
Parce que nous voulons vivre. Tout simplement.
Nous sommes les premières générations adultes à vivre une bascule historique :
le passage d’un futur chargé de promesses à un futur de menaces. Dans quel état
sommes nous? Au prix de quels sacrifices intimes se régule-t-on à une normalité
pathologique? Au prix de quels dénis, de quels subterfuges pour ne plus voir la
violence? Violence contre le sens. Violence de classe. Idéologie mortifère de la marchandise et inhibition par la peur, latente, généralisée. Comment le contextes’inscrit dans nos corps, dans nos imaginaires, dans nos petites histoires?
A quel prix?
Bordel! Nous n’allons pas rester le cul planté sur nos nombrils en attendant le
désastre. Nous allons faire une grande fête. Nous chanterons comme des cygnes.
Nous expliquerons sérieusement ce qu’est la danse, l’inscription de l’intime et du collectif, l’articulation complexe de la viande et de l’urgence.
On dansait, paraît-il, dans certaines communautés pour conjurer le sort ou faire tomber la pluie. La danse était déjà complètement inutile car elle n’a probablement jamais fait tomber une goutte d’eau. Elle était sans doute déjà essentielle car elle était un moment où la communauté disait : nous souffrons, tous, ici et maintenant, de la même sécheresse.
De quelles sécheresses souffrons nous aujourd’hui?
"Nous allons faire une grande fête.
On n’est pas bien nombreux sur le plateau, nous allons inviter du monde.
Nous voudrons êtres grandioses et pathétiques.
Nous inviterons le sous-commandant Marcos, il dira qu’un monde contient tous les mondes. Nous amènerons nos petits mondes.
Nous les accrocherons et nous taperons dedans à coup de battes pour voir ce qu’il y a dedans.
Nous inviterons nos divans fatigués et nos lombaires usées.
Nous regarderons nos nombrils tout roses.
Nous attirerons l’attention en faisant des cabrioles, l’air de rien.
Nous ferons beaucoup d’efforts pour qu’on nous aime.
Nous nous projetterons dans les airs, nous inventerons des divans éjectables et des analystes à pistons.
Il est probable que nous roulions par terre, prévoyez une tenue adaptée.
Nous serons anecdotiques et essentiels.
Nous expliquerons sérieusement ce qu’est la danse, l’inscription de l’intime et du collectif, l’articulation complexe de la viande et de l’urgence.
Nous parlerons de politique, nous dirons des mots très gros, des mots énormes, nous dirons que le capitalisme est une entreprise ultra-violente d’anéantissement. Nous dirons que la violence est une violence de classe.
Nous sortirons Bakounine du placard pour le brandir dans la rue puis nous le rangerons et nous serons profondément désespérés.
Nous nous dirons que nous sommes les premières générations adultes pour qui le temps d’une réaction éventuelle au désastre est désormais supérieur à l’avancée même du désastre.
Nous comprendrons que nous avons été conviés au deuil de l’avenir.
Nous chanterons comme des cygnes.
Nous danserons en rond pour faire tomber la pluie acide.
Nous gesticulerons comme des possédés et nous nous demanderons si, finalement, le petit haut n’irait pas mieux avec mon jean noir.
Nous inviterons aussi nos grands parents espagnols, nous leur demanderons comment on vit quand on a perdu, dans un monde devenu trop petit pour nos grands rêves ? Nous ouvrirons les fosses pour déterrer les mots.
Nous inviterons nos angoisses, celles qui nous paralysent, qui nous dévastent. Nous inviterons les folies, qui nous ébranlent en jaillissant comme des éclats qui déchirent nos vies et nous mettent en mouvement.
Nous inviterons le moment où tout bascule.
Nous inviterons le souffle collectif.
Nous inviterons la solitude face à la violence.
Nous libérerons des barbies punks insoupçonnées.
Nous viendrons avec des sexes énormes et nos doigts pleins de confiture.
Nous dirons que chéri, j’ai besoin de quelques jours pour faire le point.
Nous penserons aux films de série B quand le météore qui écrasera la planète approche.
Nous danserons de magnifiques solos d’amour et nous serons de petites choses fragiles."
Tout savoir sur Matthieu Hocquemiller
Né en 1973, Matthieu Hocquemiller s’est formé en suivant plusieurs axes d’intérêts; une formation universitaire en Sciences Humaines et notamment un travail de maîtrise autour de la danse et d’une approche globale du corps en mouvement; une formation autodidacte et boulimique en acrobatie et arts du cirque d’abord, puis en danse contemporaine, contact-impro,capoëira. De ce parcours, il développe une gestuelle personnelle, hybride et très
engagée physiquement.
A cela s'ajoute un engagement militant initié dans le milieu libertaire puis dans le tout jeune mouvement altermondialiste qui l’amène entre autre à passer plusieurs séjours dans les communautés zapatistes en résistance du Chiapas.
Il travaille ensuite plusieurs années comme danseur interprète notamment avec
Cyril Viallon
Il crée la compagnie à contre poil du sens en 2004 avec le solo « J’a… », puis
« On épluche bien les oignons ». Les deux pièces connaissent une diffusion très
encourageante. En 2006 il se blesse, est opéré d’une hernie discale et réduit son activité d’interpréte.
Il se concentre alors sur le travail de chorégraphe. Le projet « J’arrive plus à mourir » initie un travail plus mature qui met en lien des préoccupations intimes et politiques et s’interroge sur « l’état » contemporain. Ce travail souhaiterait s’inscrire dans une recherche de ce qui pourrait se définir comme une nouvelle radicalité.
VOIR
J'arrive plus à mourir
le vendredi 13 et samedi 14 juin 2008
à 20h
désormais, achetez vos places moins chères, directement sur le site de Mains d'Œuvres !!
Direction artistique : Matthieu Hocquemiller
Chorégraphie et danse : Elise Legros, Evguénia Chtchelkova, Cyril Viallon
Création décors : Emilie Renou
Création lumière : Grégory Auzuech
Régie technique : William Guez
Avec les interviews de Miguel Bénasayag : psychanalyste, philosophe
et José Fortéa : syndicaliste libertaire, ancien combattant de la guerre d’Espagne
Mains d'Œuvres remercie Réseau en scène/Languedoc Rousillon sans lequel nous n'aurions pas pu accueillir la compagnie en résidence et l'ADAMI qui a su faire confiance à cette jeune équipe.
LIRE sur
J'arrive plus à mourir
extraits de presse
Le cauchemar du malabar, le chorégraphe Matthieu Hocquemiller à Mains d’Oeuvres
En provenance de Danse à Lille/CDC, « J’arrive plus à mourir », chorégraphie rock’n roll du montpelliérain Matthieu Hocquemiller débarque à Mains d’Œuvres les 13 et 14 juin prochains. Un croquis de la nouvelle génération en Barbie punk qui tente de se débattre, de son corps d’ado désinvolte, dans une gelée rose anéantissante.
La couleur est sucrée, les comportements, hédonistes. On est au pays du bifidus actif, des omégas 3, et des glousseries spasmo-hystériques. Ici on est imberbe, sauf peut-être les coussins tout dodus, tout poilus, exagérément fluos. On s’y vautre comme dans la plus douillette des peluches. Sûrement voudrait-on s’y engloutir. Tout est couleur, tout est sourire, des lumières disco couleur fraise tagada jusqu’aux blousons jaunes-poussin.
Dans la bonbonnière inventée par Matthieu Hocquemiller, la légèreté de l’être est vite insoutenable. On flotte, sans accroche et sans poids, dans un univers kitsch où le sexe est débridé et le malaise, latent. On vomit rose et on baise bleu. Et entre deux cabrioles, nous comprendrons que nous avons été conviés au deuil de l’avenir.
J’arrive plus à mourir, 3ème création de cet enfant des arts du cirque conçue pour trois fantoches aux blousons r’n’b, est un subtil scanner du corps contemporain dans sa surdité au politique et sa dictature du jeunisme. Co-produit par Danse à Lille/CDC, où l’on avait déjà pu apprécier son duo On épluche bien les oignons aux Repérages 2006, ce bonbon amer tire sa saveur des écrits de Miguel Benasayag, psychanaliste et philosophe, et d’un entretien avec José Fortéa, syndicaliste libertaire, ancien combattant de la guerre d’Espagne. La captation vidéo et les écrits apparaissent sur un écran de projection, en dissonance avec la vacuité des gesticulations des danseurs. On y parle d’un changement de paradigme qui a transformé un futur chargé de promesses en un futur chargé de menaces. Au prix de quels dénis, de quels subterfuges pour ne plus voir la violence ? commente le chorégraphe. Le propos a quelque chose à voir avec le sacrifice intime.
Hocquemiller se frotte ainsi à cet exercice de style sur le trauma générationnel. Et il réussit là où bien d’autres échouent. Il lobe les moralisations complaisantes trop en vogue chez bien des artistes qui font de ce sujet leur fond de commerce révolutionnaire. Lui surfe sur l’argument avec dérision et causticité, mais sans surplomb.
Comment grandit-on, englués dans une époque extrêmement brutale et foncièrement désespérée ? Peut-on aimer Mary J Blige sans s’en sortir coupable ? Les comportements contemporains sont matières à débordements loufoques. Parfois, la danse intervient dans ce parc de jeu comme un couperet, entraînant avec lui une gravité stupéfiante. Parfois, le mouvement est impulsé par le rire vide de ces bisounours trash. Décentré, sans tronc, le mouvement dégouline du corps avec désinvolture. Les trois interprètes Evguénia Chtlechkova, Elise Legros, et Cyril Viallon parviennent à une énergie singulière, une forme de « lâché » qui rend les actions potentiellement dangereuses. Dangereuses pour le partenaire, et dangereuses pour le public à côté de qui on fait valser un marteau.
Au creux de ce voluptueux écrin nous parvient donc une triste rengaine, l’absence d’horizon d’un « en-commun »…hormis le sexe et la confiture.
Eve Beauvallet, pour mouvement.net, 5.6.2008
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J'ARRIVE PLUS A MOURIR
Parce que nous voulons vivre. Tout simplement.
Nous sommes les premières générations adultes à vivre une bascule historique :
le passage d’un futur chargé de promesses à un futur de menaces. Dans quel état
sommes nous? Au prix de quels sacrifices intimes se régule-t-on à une normalité
pathologique? Au prix de quels dénis, de quels subterfuges pour ne plus voir la
violence? Violence contre le sens. Violence de classe. Idéologie mortifère de la marchandise et inhibition par la peur, latente, généralisée. Comment le contextes’inscrit dans nos corps, dans nos imaginaires, dans nos petites histoires?
A quel prix?
Bordel! Nous n’allons pas rester le cul planté sur nos nombrils en attendant le
désastre. Nous allons faire une grande fête. Nous chanterons comme des cygnes.
Nous expliquerons sérieusement ce qu’est la danse, l’inscription de l’intime et du collectif, l’articulation complexe de la viande et de l’urgence.
On dansait, paraît-il, dans certaines communautés pour conjurer le sort ou faire tomber la pluie. La danse était déjà complètement inutile car elle n’a probablement jamais fait tomber une goutte d’eau. Elle était sans doute déjà essentielle car elle était un moment où la communauté disait : nous souffrons, tous, ici et maintenant, de la même sécheresse.
De quelles sécheresses souffrons nous aujourd’hui?
"Nous allons faire une grande fête.
On n’est pas bien nombreux sur le plateau, nous allons inviter du monde.
Nous voudrons êtres grandioses et pathétiques.
Nous inviterons le sous-commandant Marcos, il dira qu’un monde contient tous les mondes. Nous amènerons nos petits mondes.
Nous les accrocherons et nous taperons dedans à coup de battes pour voir ce qu’il y a dedans.
Nous inviterons nos divans fatigués et nos lombaires usées.
Nous regarderons nos nombrils tout roses.
Nous attirerons l’attention en faisant des cabrioles, l’air de rien.
Nous ferons beaucoup d’efforts pour qu’on nous aime.
Nous nous projetterons dans les airs, nous inventerons des divans éjectables et des analystes à pistons.
Il est probable que nous roulions par terre, prévoyez une tenue adaptée.
Nous serons anecdotiques et essentiels.
Nous expliquerons sérieusement ce qu’est la danse, l’inscription de l’intime et du collectif, l’articulation complexe de la viande et de l’urgence.
Nous parlerons de politique, nous dirons des mots très gros, des mots énormes, nous dirons que le capitalisme est une entreprise ultra-violente d’anéantissement. Nous dirons que la violence est une violence de classe.
Nous sortirons Bakounine du placard pour le brandir dans la rue puis nous le rangerons et nous serons profondément désespérés.
Nous nous dirons que nous sommes les premières générations adultes pour qui le temps d’une réaction éventuelle au désastre est désormais supérieur à l’avancée même du désastre.
Nous comprendrons que nous avons été conviés au deuil de l’avenir.
Nous chanterons comme des cygnes.
Nous danserons en rond pour faire tomber la pluie acide.
Nous gesticulerons comme des possédés et nous nous demanderons si, finalement, le petit haut n’irait pas mieux avec mon jean noir.
Nous inviterons aussi nos grands parents espagnols, nous leur demanderons comment on vit quand on a perdu, dans un monde devenu trop petit pour nos grands rêves ? Nous ouvrirons les fosses pour déterrer les mots.
Nous inviterons nos angoisses, celles qui nous paralysent, qui nous dévastent. Nous inviterons les folies, qui nous ébranlent en jaillissant comme des éclats qui déchirent nos vies et nous mettent en mouvement.
Nous inviterons le moment où tout bascule.
Nous inviterons le souffle collectif.
Nous inviterons la solitude face à la violence.
Nous libérerons des barbies punks insoupçonnées.
Nous viendrons avec des sexes énormes et nos doigts pleins de confiture.
Nous dirons que chéri, j’ai besoin de quelques jours pour faire le point.
Nous penserons aux films de série B quand le météore qui écrasera la planète approche.
Nous danserons de magnifiques solos d’amour et nous serons de petites choses fragiles."
Matthieu HOCQUEMILLER
Tout savoir sur Matthieu Hocquemiller
Né en 1973, Matthieu Hocquemiller s’est formé en suivant plusieurs axes d’intérêts; une formation universitaire en Sciences Humaines et notamment un travail de maîtrise autour de la danse et d’une approche globale du corps en mouvement; une formation autodidacte et boulimique en acrobatie et arts du cirque d’abord, puis en danse contemporaine, contact-impro,capoëira. De ce parcours, il développe une gestuelle personnelle, hybride et très
engagée physiquement.
A cela s'ajoute un engagement militant initié dans le milieu libertaire puis dans le tout jeune mouvement altermondialiste qui l’amène entre autre à passer plusieurs séjours dans les communautés zapatistes en résistance du Chiapas.
Il travaille ensuite plusieurs années comme danseur interprète notamment avec
Cyril Viallon
Il crée la compagnie à contre poil du sens en 2004 avec le solo « J’a… », puis
« On épluche bien les oignons ». Les deux pièces connaissent une diffusion très
encourageante. En 2006 il se blesse, est opéré d’une hernie discale et réduit son activité d’interpréte.
Il se concentre alors sur le travail de chorégraphe. Le projet « J’arrive plus à mourir » initie un travail plus mature qui met en lien des préoccupations intimes et politiques et s’interroge sur « l’état » contemporain. Ce travail souhaiterait s’inscrire dans une recherche de ce qui pourrait se définir comme une nouvelle radicalité.
VOIR
J'arrive plus à mourir
le vendredi 13 et samedi 14 juin 2008
à 20h
désormais, achetez vos places moins chères, directement sur le site de Mains d'Œuvres !!
Direction artistique : Matthieu Hocquemiller
Chorégraphie et danse : Elise Legros, Evguénia Chtchelkova, Cyril Viallon
Création décors : Emilie Renou
Création lumière : Grégory Auzuech
Régie technique : William Guez
Avec les interviews de Miguel Bénasayag : psychanalyste, philosophe
et José Fortéa : syndicaliste libertaire, ancien combattant de la guerre d’Espagne
Mains d'Œuvres remercie Réseau en scène/Languedoc Rousillon sans lequel nous n'aurions pas pu accueillir la compagnie en résidence et l'ADAMI qui a su faire confiance à cette jeune équipe.
LIRE sur
J'arrive plus à mourir
extraits de presse
Le cauchemar du malabar, le chorégraphe Matthieu Hocquemiller à Mains d’Oeuvres
En provenance de Danse à Lille/CDC, « J’arrive plus à mourir », chorégraphie rock’n roll du montpelliérain Matthieu Hocquemiller débarque à Mains d’Œuvres les 13 et 14 juin prochains. Un croquis de la nouvelle génération en Barbie punk qui tente de se débattre, de son corps d’ado désinvolte, dans une gelée rose anéantissante.
La couleur est sucrée, les comportements, hédonistes. On est au pays du bifidus actif, des omégas 3, et des glousseries spasmo-hystériques. Ici on est imberbe, sauf peut-être les coussins tout dodus, tout poilus, exagérément fluos. On s’y vautre comme dans la plus douillette des peluches. Sûrement voudrait-on s’y engloutir. Tout est couleur, tout est sourire, des lumières disco couleur fraise tagada jusqu’aux blousons jaunes-poussin.
Dans la bonbonnière inventée par Matthieu Hocquemiller, la légèreté de l’être est vite insoutenable. On flotte, sans accroche et sans poids, dans un univers kitsch où le sexe est débridé et le malaise, latent. On vomit rose et on baise bleu. Et entre deux cabrioles, nous comprendrons que nous avons été conviés au deuil de l’avenir.
J’arrive plus à mourir, 3ème création de cet enfant des arts du cirque conçue pour trois fantoches aux blousons r’n’b, est un subtil scanner du corps contemporain dans sa surdité au politique et sa dictature du jeunisme. Co-produit par Danse à Lille/CDC, où l’on avait déjà pu apprécier son duo On épluche bien les oignons aux Repérages 2006, ce bonbon amer tire sa saveur des écrits de Miguel Benasayag, psychanaliste et philosophe, et d’un entretien avec José Fortéa, syndicaliste libertaire, ancien combattant de la guerre d’Espagne. La captation vidéo et les écrits apparaissent sur un écran de projection, en dissonance avec la vacuité des gesticulations des danseurs. On y parle d’un changement de paradigme qui a transformé un futur chargé de promesses en un futur chargé de menaces. Au prix de quels dénis, de quels subterfuges pour ne plus voir la violence ? commente le chorégraphe. Le propos a quelque chose à voir avec le sacrifice intime.
Hocquemiller se frotte ainsi à cet exercice de style sur le trauma générationnel. Et il réussit là où bien d’autres échouent. Il lobe les moralisations complaisantes trop en vogue chez bien des artistes qui font de ce sujet leur fond de commerce révolutionnaire. Lui surfe sur l’argument avec dérision et causticité, mais sans surplomb.
Comment grandit-on, englués dans une époque extrêmement brutale et foncièrement désespérée ? Peut-on aimer Mary J Blige sans s’en sortir coupable ? Les comportements contemporains sont matières à débordements loufoques. Parfois, la danse intervient dans ce parc de jeu comme un couperet, entraînant avec lui une gravité stupéfiante. Parfois, le mouvement est impulsé par le rire vide de ces bisounours trash. Décentré, sans tronc, le mouvement dégouline du corps avec désinvolture. Les trois interprètes Evguénia Chtlechkova, Elise Legros, et Cyril Viallon parviennent à une énergie singulière, une forme de « lâché » qui rend les actions potentiellement dangereuses. Dangereuses pour le partenaire, et dangereuses pour le public à côté de qui on fait valser un marteau.
Au creux de ce voluptueux écrin nous parvient donc une triste rengaine, l’absence d’horizon d’un « en-commun »…hormis le sexe et la confiture.
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